Interview de Christophe Chenebault

Avant j’étais un homme pressé. Je vivais avec ma montre, j’avais un agenda chargé, costume, voiture, déjeuners et relations d’affaires. J’étais un chef d’entreprise dans l’internet, le fondateur du média culturel EVENE.fr, 3 millions de visiteurs uniques chaque mois, 30 salariés à l’époque, avec un objectif de démocratiser la culture. Il faut dire que j’avais fait tout ce que l’on m’avait dit de faire.
Propos recueillis par Anne-Sophie le Bars.

  • Avez-vous toujours été sensible à l’écologie et la solidarité ou un évènement particulier dans votre vie vous a fait prendre conscience et changer?

 

Avant j’étais un homme pressé. Je vivais avec ma montre, j’avais un agenda chargé, costume, voiture, déjeuners et relations d’affaires. J’étais un chef d’entreprise dans l’internet, le fondateur du média culturel EVENE.fr, 3 millions de visiteurs uniques chaque mois, 30 salariés à l’époque, avec un objectif de démocratiser la culture. Il faut dire que j’avais fait tout ce que l’on m’avait dit de faire. En 5 ans d’études supérieures j’avais obtenu 3 diplômes bac+5, dont un MBA aux Etats-Unis. J’ai fondé une famille, j’ai travaillé dans un grand groupe, puis j’ai créé ma propre entreprise. C’était la réussite… parait-il. Mais je n’étais pas si heureux que ça. Et un jour, un lumbago m’a pris par surprise ; l’homme d’action que j’étais était cloué au lit, « j’en avais plein le dos » après 10 ans d’entreprenariat. Je décide alors de quitter l’entreprise que j’avais créée. J’ai compris très vite que pendant toutes ces années j’avais été au service de mon projet, et que je n’avais pas pris soin de moi, ou si peu. A quoi cela servait-il ? C’était du temps perdu, je pensais alors. Alors j’ai décidé de prendre le sujet en main de manière volontaire, afin d’aboutir un nouveau projet : ma « vie meilleure » !

Donc ma conscience n’a pas été identique pendant toute ma vie, mais l’enjeu est de la faire évoluer à chaque jour qui passe. On appelle cela des « prises de conscience », comme si on avait les deux doigts dans la prise. C’est vraiment un éveil vers une autre perception du monde qui se joue à ce moment-là, et si on a à cœur de se mettre totalement en cohérence – pensées, paroles et actes – alors on change à tous les étages. Cela est mon cas. Aujourd’hui je suis quelqu’un qui fait de la méditation, du yoga, de la marche, qui se soigne exclusivement par les médecines naturelles, dont l’eau est filtrée, l’électricité est biocompatible, qui a une maison feng shui et écologie, qui ne boit plus d’alcool. J’ai par ailleurs fait un travail important sur la psyché, sur les nettoyages énergétiques de l’ensemble du corps, je roule en vélo dans Paris…etc. Beaucoup de choses qui demandent du changement et qui sont une conséquence de cet éveil personnel. Et bien sûr au fur et à mesure du temps, la conscience du vivant émerge de plus en plus, par exemple aujourd’hui je ne mange plus de viande et de poisson car je ne peux plus absorber une vie autre. On se rend compte que tout se tient dans la création, que nous sommes à la fois la goutte et l’océan.

  • Beaucoup de gens aimeraient en faire plus, comment faire quand on est happé par la vie quotidienne et ce que cela impose ?

 

Si nous ne changeons pas nos lunettes sur le monde, nous allons continuer à faire les mêmes choses qu’avant. Donc l’enjeu c’est avant tout « l ‘être » et le « faire » arrive ensuite naturellement. Nous ne vivons pas dans une grotte, nous interagissons avec notre environnement naturel, humain, animal ou autre. Et on se rend compte très vite de ce qu’il faudrait faire pour que le monde aille mieux, la question est donc de mettre de la conscience dans nos priorités.

En ce qui concerne l’écologie spécifiquement, je pense qu’on l’a dévoyée. Aujourd’hui l’écologie c’est par exemple « trier ses déchets ». Or la véritable écologie c’est se connecter à la nature. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui on a inventé une écologie qui permet de ne surtout pas se connecter à la nature, ce qui est quand même impressionnant ! Et puisque ce qui n’est pas naturel est dénaturé, nous vivons aujourd’hui une vie artificialisée à tous les niveaux, nous vivons hors sols dans les villes. Donc si nous voulons retrouver notre nature profonde, il nous faut aller chercher la nature là où elle est.

  • Comment vous est venu l’envie d’écrire votre livre Impliquez-vous ?

Lorsque j’ai commencé à travailler sur mon évolution personnelle, cela a été un passage important, réalisé plutôt en solitaire. L’envie d’écrire ce livre Impliquez-vous ! est donc née d’une démarche personnelle de changement de vision du monde et de style de vie. Pas à pas, je me suis mis à questionner l’ensemble de mes valeurs, de mes actes, de mes relations, la manière dont j’utilisais mon temps, ma consommation et mon rapport aux objets, mon épargne, mes pensées et discours, ma manière de vivre… Et par ailleurs j’avais conscience d’avoir reçu des cadeaux qu’il me fallait maintenant redonner. Comme dit Einstein « C’est le devoir de chaque homme de rendre au monde au moins autant qu’il en a reçu ». Cette manière de redonner est passée par de l’implication positive, de petites actions avec un enjeu très simple. Car chacun peut vraiment faire la différence avec ses petites actions, et ainsi devenir un héros du quotidien. J’ai donc commencé à le faire, à sponsoriser des ruches d’abeilles, nettoyer des rivières, compenser mon CO2, parrainer des enfants, donner mon sang, planter des arbres etc. Puis je me suis rendu compte qu’autour de moi les gens étaient bien conscients que la planète ne se portait pas bien, mais ils se retrouvaient souvent face au tourbillon de leur vie quotidienne avec la fameuse question « qu’est-ce je peux faire ? ». Une question souvent prononcée d’ailleurs comme une bouteille que l’on jette à la mer… Il m’est alors apparu important que quelqu’un repêche cette bouteille et réponde à la question de manière concrète. Car les solutions existent, et elles sont infinies… contrairement aux ressources !

 

  • Pourquoi ce format de 101 actions ?

J’aurais pu faire un autre essai théorique sur le fait qu’il faut changer mais j’ai voulu rendre cet apport très pratique, d’où le fait qu’il rassemble 101 actions et 650 services différents. L’idée est d’ouvrir ce livre et se dire « je vais le faire », « c’est à ma portée », de se retrousser les manches et faire des choses concrètes et positives pour la société, c’est un mode de pensée différent. Ce n’est plus « je m’indigne « , ou « je me bats contre », c’est « je vais chercher moi-même la solution à mon niveau ». Nous n’avons pas idée de l’effet de halo qui se crée autour de nos petites actions. On lance une graine et elle pousse où elle doit pousser. Aujourd’hui je pourrais sans doute faire un deuxième et un troisième tome, tellement il y a de choses à faire et de projets qui émergent tous les jours. L’internet notamment permet de créer beaucoup de projets passionnant pour décupler toutes ces actions.

 

  • Le livre Impliquez-vous est paru en 2011. Que s’est-il passé depuis ? Avez-vous d’autres projets ?

 

J’ai notamment co-initié avec Antonella Verdiani le Printemps de l’Education. Il s’agit d’un mouvement citoyen associatif pour le renouveau de l’éducation qui a pour objectif de rassembler, relier et soutenir les acteurs innovants de l’éducation en France, et de rendre les enfants heureux. Comme je me consacre à 100% au changement sociétal, très vite est arrivé l’idée que pour changer la société il fallait commencer par les enfants. On parle donc d’éducation à la joie, à l’autonomie, à la créativité, à la nature, à l’éco-citoyenneté, à la coopération. Une éducation qui va travailler sur la flamme qu’on allume, plutôt que le vase que l’on remplit.

Par ailleurs je donne aujourd’hui des conférences, j’accompagne les porteurs de projets positifs. J’ai co-fondé les Rencontres Changer le Monde qui ont pour objectif de rassembler les acteurs de changement qui sont déjà en train de créer un monde nouveau.

J’ai initié le projet Rien n’est éternel sauf les étincelles sous forme de livre avec un collectif de 40 photographes, dont Reza et Yann Arthus-Bertrand, avec l’objectif de rassembler des fonds pour racheter 100 hectares de terres sacrées ancestrales des Indiens Kogis en Colombie, mais aussi de se relier à ce peuple qui a beaucoup à apprendre à notre civilisation qui est plutôt en fin de cycle. Ce lien avec les peuples premiers m’importe beaucoup.

 

  • Etes-vous optimiste pour l’avenir ?

 

Je suis très optimiste pour l’avenir puisque j’ai décidé de dédier mon temps à construire le monde d’après. Quand on reçoit le sourire des enfants, pourquoi ne pas être optimiste ? Je pense que l’on a une transition importante à effectuer. La chenille qui devient papillon passe par une chrysalide, donc on entre doucement dans la chrysalide et derrière il n’y a que de la lumière, de l’espoir, de l’optimisme et tout est possible. Mais le monde ne changera pas sans nous, d’où l’importance de transmettre ces messages et de se retrousser les manches !

Propos recueillis par Anne-Sophie le Bars.

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