Du « plus, plus, plus » au « mieux, mieux, mieux »

Nos sociétés modernes semblent en pleine mutation, ce qui fait émerger une multiplicité de pratiques très différentes, prometteuses et fascinantes. Les lignes bougent et les mentalités évoluent. De quoi parlons-nous exactement ? D’une nouvelle manière de penser l’économie.

Au niveau international, il n’existe pas encore de consensus clair sur ce que l’économie sociale et solidaire recouvre. Ainsi, à travers la planète, on retrouve ce concept sous d’autres terminologies. On parle ici ou là d’ « entrepreneuriat social », d’ « entreprise socialement responsable », de « troisième secteur »,
d’ « innovation sociale », ou encore de « nouvelle économie », d’ « économie verte, responsable, positive »… Sa définition internationale est à venir : les Rencontres du Mont-Blanc, forum international des dirigeants de l’économie sociale et solidaire, fondé en 2005,  membre observateur du groupe de travail des agences intergouvernementales des Nations-Unies consacré à l’ESS, le définit comme « une autre façon d’entreprendre pour concilier efficacité sociale, civique, environnementale et économique, (…) en lien avec l’objectif global de développement durable« .

En Amérique du Nord, le terme « économie sociale et solidaire » est relativement peu connu et très peu utilisé, sauf dans la petite communauté de think tanks et d’instituts de recherche, notamment au sein de la Harvard Business School où le concept a pris forme. Sa compréhension par le grand public américain est encore faible. J’ai pu facilement vérifier à Charleston le  manque de pénétration de ce concept. Pas une seule personne que j’ai interrogée, depuis mon arrivée dans cette ville, n’en avait entendu parler, qu’elle soit autoentrepreneur, professeur, ingénieur ou directeur d’association. Elle connaissait par contre le terme « entreprenariat social », tout en n’étant pas capable de le définir. Depuis la loi sur l’ESS de juillet 2014, pour les lecteurs français cette définition est plus précise et claire.

Aux Etats-Unis, dans les médias ou chez les personnes interviewées, ce modèle économique est évoqué en partant de l’individu. Sa vision, ses valeurs et ses principes sont, quant à eux, absents du débat. Ce qui est important à leurs yeux et retient leur attention est ce que l’entrepreneur social peut concevoir comme nouveaux services et produits innovants qui répondent aux besoins de la communauté et aux maux de la société.

En résumé, parler d’ « économie sociale et solidaire » aux États-Unis, c’est se concentrer sur les engagements individuels (cf entrepreneurs sociaux), alors qu’en Europe, l’accent est davantage mis sur les organisations elles-mêmes (cf entreprises sociales).

Mais que se passe-t-il du côté de l’innovation sociale à Charleston ?

© TED Global 2014

© TED Global 2014

Quand j’ai commencé à chercher à Charleston des solutions alternatives concrètes qui combinent finalité sociale et finalité économique, j’ai réalisé que l’information était assez difficile à trouver. Par conséquent, le grand public ne peut percevoir aisément ni comment cette puissante approche de l’innovation sociale prend de l’ampleur, ni déceler ses multiples apports. Voilà pourquoi j’ai pensé qu’il était important et utile de rassembler cette information positive, pour la rendre visible et facilement accessible.

Cette série d’articles que je vous propose vise, à travers une immersion dans l’économie sociale et solidaire de Charleston, une prise de conscience du lent bouleversement économique et sociétal en cours. Pour ce faire, chaque article mettra en lumière les initiatives les plus prometteuses contribuant au développement durable de Charleston. Je commencerai par le développement économique via l’entreprenariat social, la finance et l’agriculture, pour poursuivre mon tour d’horizon par l’énergie, la revitalisation urbaine et l’éducation. Et enfin, je terminerai avec la culture, l’art, la santé, le sport, la politique et les médias.

En effet, ces pionniers du changement sont présents dans tous les domaines d’activité. Par exemple, les Charlestoniens peuvent de plus en plus facilement acheter leurs fruits et légumes en se rendant soit sur un marché, soit directement sur l’exploitation agricole locale. Ces lieux d’approvisionnement sont en plein développement alors qu’ils avaient presque disparu, grâce notamment au gros travail de formation et de promotion mené par l’association Lowcountry Local First . Ou encore, lors d’une vente aux enchères caritative organisée à Charleston, il est possible d’utiliser depuis quelques mois une application qui simplifie le processus d’enchérissement en le rendant interactif.

En effet, cette plateforme lancée par la startup Bidr  permet aux mises d’être realisées non plus par papier mais par simple envoi de texto. La discussion s’engage avec l’enchérisseur qui est tenu informé en direct de l’évolution de son enchère, qu’il peut alors ajuster. Ceci au bénéfice de l’association qui voit l’enchère monter plus vite et plus haut.

Je vais mettre un visage sur ces agents de l’innovation sociale, ces change makers. Je vais chercher à savoir qui ils sont, ce qui est important pour eux, et comment ils travaillent pour faire avancer les enjeux cruciaux présents et à venir. Je vais raconter les histoires de ces héros locaux qui nourrissent quotidiennement, et de manière anonyme, le bien-être des communautés locales. Car ils sont la voix du changement possible et positif en ces temps moroses. Mais surtout, je vais vous révéler leurs meilleures pratiques qui auront, je l’espère, le pouvoir de vous donner envie de rejoindre ce mouvement en agissant à votre échelle. En somme, une manière de participer à l’élaboration de la définition internationale de l’ESS, d’élargir les choix dont nous disposons au niveau économique, social et environnemental et, surtout, de saisir les opportunités de transformation que toute période de crise nous offre.

 

Carole Veisseire Nelson
Charleston, SC
caroleveisseire@hotmail.com

Source : http://ess.sciencespo-alumni.fr/blog/?p=2328

Le port de crevettes de Charleston

Le port de crevettes de Charleston

A suivre mi-février 2015 avec une exploration de l‘innovation sociale à Charleston dans sa dimension économique, notamment le développement technologique en plongeant dans la Silicon Harbor.

 

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *