Dîner-débat du 17 février 2016 avec Odon Vallet

Dîner-débat du 17 février 2016 avec Odon Vallet

Le Cercle Européen vous convie à un dîner-débat le mercredi 17 février à 20h.

Notre invité d’honneur est Monsieur Odon Vallet, spécialiste des religions et mécène. Sa fondation a pour but de permettre à de bons élèves de milieux défavorisés de poursuivre leurs études.

Ce rendez-vous aura pour thème : « Europe, laïcité et religions ».

Lieu : Le Lloyds’bar, 23 rue Treilhard – 75008 Paris

Prix 45 €.

Nous vous prions de bien vouloir confirmer votre présence par retour de courriel à administration@cercle-europeen.eu et de privilégier un paiement paypal à l’aide du bouton ci-dessous. Vous pouvez aussi adresser un chèque établi à l’ordre du Cercle Européen au : 4 avenue de Lamballe – 75016 Paris.

Nous vous attendons nombreux.


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Il n’y a pas de laïcité sans respect des religions »

Interview d’Odon Vallet par Anne Brigaudeau : Odon ValletLa laïcité française est-elle compatible avec la mondialisation ? Avec l’islam ? Sur toutes ces questions, francetv info a interrogé l’historien des religions Odon Vallet. Entretien.

Les « survivants » persistent et signent. Sorti mercredi 14 janvier, le numéro historique de Charlie Hebdo, celui des « rescapés » de l’attaque qui a fait douze morts au siège du journal, le 7 janvier, fait à nouveau sa une sur Mahomet. Sous le titre « Tout est pardonné », le prophète de l’islam en larmes tient un panneau « Je suis Charlie ».

L’hebdomadaire satirique a été interdit dans plusieurs pays, notamment ceux du Maghreb. L’image de Mahomet a été censurée par des médias américains. En Égypte, la principale autorité sunnite a parlé de « provocation ». La laïcité française est-elle compatible avec la mondialisation ? Francetv info a interrogé l’historien des religions Odon Vallet.

Francetv info : La laïcité peut-elle justifier toute critique des religions ?
Odon Vallet : La laïcité est une valeur respectable lorsqu’elle respecte elle-même toutes les croyances et les non-croyances. Il n’y a pas de laïcité sans respect des religions. Or, les dessins de Charlie Hebdo, malgré les immenses qualités des auteurs, ont pu poser problème. Représenter les papes Benoît XVI et Jean-Paul II dans des positions obscènes, ce n’était pas très respectueux.
Certaines caricatures concernant le prophète étaient également problématiques. Non pas parce qu’on représentait Mahomet, puisque l’interdit de sa représentation ne figure pas dans le Coran, mais à cause des conditions dans lequelles on le représentait, en le ridiculisant. Les musulmans se sont sentis atteints. Il y a donc un équilibre très difficile à trouver entre le respect de la liberté d’expression et le respect des religions.

La loi de 1905 sur la séparation de l’Etat et des Eglises n’a d’ailleurs jamais été entièrement appliquée dans les colonies et les territoires d’outre-mer, où des gouverneurs protégeaient les catholiques ou leurs missionnaires. Et jamais, dans l’empire français, on n’a soumis les musulmans à la laïcité. La différence, c’est qu’en 1905, dans l’empire français de 100 millions d’habitants, 30 millions étaient musulmans, mais tous ou presque vivaient en dehors de la métropole. Aujourd’hui, on compte environ 4 millions de musulmans en France. Ils doivent être respectés.

Est-ce une raison pour qu’en Egypte, la principale autorité religieuse sunnite, le Conseil supérieur d’Al-Azhar, dénonce un hebdomadaire français ? Pourquoi s’immiscer dans les affaires françaises ?
De nombreux responsables religieux ont certes un pas à faire vers la laïcité. Et pas seulement les musulmans, mais aussi certains catholiques intégristes, certains protestants évangélistes, certains hindouistes fanatiques… Toute religion a ses intégrismes, mais toute religion a aussi son ouverture.

Mais, je le redis, certaines caricatures à l’égard du pape ou du prophète ont manifestement beaucoup choqué les croyants. Les catholiques n’ont pas répondu par des kalachnikovs, une poignée de fanatiques musulmans l’a fait. Même s’il n’est pas question de limiter la liberté d’expression, je crois qu’il faut rester prudent de tous côtés dans cette affaire. Le gouvernement américain, d’ailleurs, n’était pas représenté à la marche républicaine, dimanche 11 janvier, à Paris.

Faut-il prendre des mesures pour que l’islam se sente mieux accepté en France ?
En 2003, la commission Stasi avait proposé deux jours fériés supplémentaires pour les fêtes juives ou musulmanes. Mais comme il y a déjà beaucoup de jours fériés en France, les multiplier n’est pas forcément une bonne idée.
Je ne pense pas qu’il faille prendre à chaud des mesures d’ordre législatif difficiles par la suite à modifier. En revanche, il me semble que le respect de la laïcité, valeur importante, passe par une meilleure information des enseignants et des élèves, et pas seulement en Seine-Saint-Denis. Même en plein Paris, certains ne comprennent pas la gravité de ce qui s’est passé.

On n’est pas obligé de ranger tout le monde sous la bannière « je suis Charlie ». Mais il faut montrer à certains élèves musulmans à quel point leur perception de l’islam est intégriste. Malheureusement, les établissements scolaires, même les meilleurs, ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour répondre aux interrogations des élèves, voire à leur intolérance. J’ai visité une centaine de centres de documentation et d’information, et j’ai été très frappé de voir à quel point ils étaient peu fréquentés et à quel point leur documentation était peu susceptible de répondre à des drames comme ceux d’aujourd’hui.

J’ai créé, au Bénin, le plus grand réseau de bibliothèques de toute l’Afrique francophone, avec des chiffres de fréquentation qui sont ceux des instituts français multipliés par 50. Les élèves là-bas se précipitent sur des revues où on comprend ce qui se passe à propos des religions ou de la laïcité. Ils sont beaucoup mieux documentés que dans les lycées français. C’est totalement anormal.
L’éducation est-elle le problème central ?

Il faut partir de la situation actuelle, non pour faire réagir, mais pour faire réfléchir les élèves et les enseignants à la complexité des problèmes. Comme le disait Tocqueville, « une idée simple mais fausse l’emportera toujours dans l’opinion sur une idée juste mais complexe ». La réaction massive des Français a été admirable, mais il ne faut pas qu’elle aboutisse à une pensée simpliste faisant l’amalgame entre les musulmans et une poignée de terroristes. Il faut également que l’antijudaïsme soit combattu par l’information et la réflexion. Que les élèves apprennent que le problème israélo-palestinien trouve son origine dans la guerre de 14-18 (la déclaration Balfour) et même avant, dans les pogroms en Russie ayant provoqué les premières vagues d’immigration sioniste. Il faut leur expliquer la Shoah.

Malheureusement, l’histoire est devenue une matière tout à fait secondaire dans les programmes. Et c’est une histoire centrée sur des problématiques qui ne sont pas celles des élèves venus d’Afrique ou du Proche-Orient.

Alors, il faut revoir les programmes pour mieux parler aux enfants d’immigrés ?
L’histoire de l’esclavage apparaît, la guerre d’Algérie aussi, mais ce sont toujours les mêmes thèmes. Mon ami Lilian Thuram vient de publier Les Etoiles noires. Ce livre montre la vision du monde à partir de villes aussi différentes que Bamako, Hanoï ou Los Angeles. Nous avons l’impression que Paris est le centre du monde. Effectivement, la ville a été le centre du monde dimanche dernier, mais cela ne durera pas. La France, c’est 0,8% de la population mondiale. Il faudrait s’en souvenir.

Fondation de France

Le droit de réussir

C’est en hommage à leur père qu’Odon Vallet et son frère ont créé en 1999 la Fondation qui porte leur nom. Issu d’une famille modeste, Jean Vallet eut de grandes difficultés à payer ses études. Plus tard, Odon Vallet, devenu enseignant, côtoya souvent des jeunes dans cette même situation. L’objet de la Fondation Vallet est donc, tout simplement, de permettre à de bons élèves de milieux défavorisés de poursuivre leurs études. Et c’est ainsi que chaque année, 300 élèves de l’Académie de Paris et 830 au Bénin reçoivent une bourse de la fondation que Odon Vallet tient à remettre lui-même.

À Paris, la fondation soutient des élèves des écoles publiques d’arts appliqués, venus de toute la France et qui doivent assumer un loyer hors de proportion avec leurs ressources personnelles, acheter des fournitures techniques souvent très chères. Le Bénin est un pays où le niveau de vie est très faible. Au-delà de la bourse, les meilleurs élèves qui viennent poursuivre leurs études au lycée Louis-le-Grand ou réussissent l’entrée à l’Ecole Polytechnique sont également aidés par la Fondation Vallet.

La Fondation de France assume chaque année la tâche d’instruire les dossiers présentés par les établissements français et organise le jury de sélection. Au Bénin, comme au Viet-nam où Odon Vallet finance par ailleurs directement près de 2000 bourses, pour des raisons évidentes ce sont des associations locales qui assurent la sélection des élèves en étroite liaison avec le fondateur.
La fondation se veut universelle et ne défend aucune valeur politique, philosophique ou religieuse. Odon Vallet s’investit pleinement et avec rigueur dans cette mission. Les seuls critères sont le mérite scolaire et le besoin social. Elle permet chaque année à des milliers de jeunes d’entrer un peu mieux armés dans la vie. « Quand je vois un de mes étudiants vietnamiens défiler sur les Champs- Elysées le 14 juillet, dans l’uniforme de Polytechnique, je me dis que j’ai raison de continuer… ».

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