Rama Yade quitte l’UMP pour rejoindre Borloo

L’ancien ministre de l’écologie a officialisé sa défection du parti présidentiel jeudi soir. « C’est une page de l’histoire politique qui se tourne », a déclaré sur RMC et BFM TV l’ancienne secrétaire d’Etat Rama Yade. L’actuelle ambassadrice de France auprès de l’Unesco, qui avait rejoint le Parti radical de Jean-Louis Borloo en décembre 2010, a expliqué qu’il était « fondamental de tracer un chemin d’espérance ». « L’aile gauche de la majorité (…) a besoin d’être entendue, respectée, considérée », a-t-elle fait valoir pour expliquer sa décision.

Selon elle, les élections cantonales ont prouvé « que l’UMP rétrécie sur ses bases ne permet pas de battre la gauche ». A ses yeux, Jean-Louis Borloo, qui s’est présenté jeudi soir sur France 2 en « homme atypique mais en homme d’Etat », est « prêt et déterminé » pour la présidentielle. « Je pense qu’il ne sera pas là pour faire de la figuration ni servir de supplétif », a prévenu Rama Yade, pour qui « Jean-Louis Borloo n’est pas un candidat autorisé, mais il est un candidat libre ».

« PRINCIPE DE RÉALITÉ »

Les réactions se sont multipliées dans la classe politique depuis l’annonce du départ de M. Borloo. L’ex-porte-parole de l’UMP Dominique Paillé a affirmé, vendredi, que le départ de Jean-Louis Borloo de l’UMP devait logiquement « déboucher sur une candidature » à la présidentielle de 2012, et a imputé cette rupture au « comportement présidentiel ». Le président du groupe parlementaire UMP, Christian Jacob, a exprimé son « plus grand respect pour Jean-Louis Borloo », mais l’a invité « au principe de réalité », estimant que s’il y avait eu des candidats « RPR et UDF » aux cantonales, le résultat aurait été « catastrophique » pour la majorité.

Pour le président de la fédération de Paris du Parti radical, Patrice Gassenbach, le patron des radicaux « a mis la charrue avant les bœufs ». Si « l’idée d’avoir un candidat à la présidentielle, avec M. Borloo qui est notoirement aimé des Français », est « certainement un élément moteur », dit M. Gassenbach, « il y a aussi la réalité politique ». De plus, ajoute-t-il, M. Borloo « n’est pas le seul », selon lui, à vouloir incarner le pôle centriste à la présidentielle.

LEMONDE.FR avec Reuters | 08.04.11 | 09h30  •  Mis à jour le 08.04.11 | 12h35

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/04/08/rama-yade-quitte-l-ump-pour-rejoindre-borloo_1504650_823448.html

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Affaire du Médiator : Bernard Debré et Philippe Even remettent un rapport au vitriol sur le système du médicament

Les deux professeurs ont entendu une quinzaine de personnes membres de la haute autorité de santé, de l’Agence sanitaire des produits de santé (Afssaps), de l’industrie du médicament, de l’Agence européenne du médicament, de la revue Prescrire… L’affaire du Médiator « est beaucoup plus qu’un accident isolé », notent-ils dans l’introduction de ce rapport de 85 pages.

Leur texte s’en prend à la haute autorité de santé, mais surtout à l’Afssaps, « une structure qui dit tout », avec 1 000 employés, cinq directions scientifiques, trois commissions dont « l’une dit toujours oui, en acceptant une foule de médicament inutiles, et l’autre non, refusant presque toujours de suspendre ou de retirer les médicaments même plus dangereux qu’utiles », et 75 groupes de travail, des missions transversales, des unités, un conseil scientifique.

Même si la grande majorité des décisions d’autorisation de mise sur le marché (AMM) des médicaments sont prises au niveau européen, la commission d’AMM de l’Afssaps reste une structure « lourde », avec « 28 membres choisis sur des critères très contestables, où domine la cooptation relationnelle de hasard ». Les conflits d’intérêt sont moyennement respectés, les auditions des experts ne sont pas publiques, les compte rendus de séance sont « peu fidèles ». « De nombreux membres ignorent presque tout du dossier sur lequel ils votent, et même de la pathologie en cause ». Quant à la commission de pharmacovigilance, elle agit selon une procédure « extraordinairement lente ». Il s’agit d’une « course d’obstacles et de montagne par étapes, qui privilégie clairement l’intérêt des firmes et non celui des patients ».

Au total, le rapport souligne « la totale faillite de l’Afssaps », qui échoue « parce qu’elle n’a jamais eu de directions d’envergure » mais surtout parce que c’est « une usine à gaz », « un labyrinthe dont rien ne peut sortir ». Le rapport suggère « une réforme profonde, un véritable tournant ». Il veut que l’Afssaps nouvelle s’occupe de missions d’analyse scientifique avec l’aide non plus de 3 500 experts, mais de 20 à 40 de haut niveau, sans conflit d’intérêt.

« Les molécules n’apportant rien de plus que les traitements antérieurs seront refusées au remboursement ». En matière de pharmacovigilance, le système d’alerte des médecins sera simplifié. Le fonctionnement devra être complètement remanié, avec remplacement de cadres supérieurs et disparition de la machinerie administrative. Au passage, le rapport relève la nécessité d’un grand ministère de la santé, de la vieillesse et de la dépendance, « sans lien », comme c’est le cas actuellement, « avec le travail et l’emploi ».

LEMONDE.FR avec AFP | 16.03.11 | 12h22  •  Mis à jour le 16.03.11 | 12h31

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/03/16/affaire-du-mediator-bernard-debre-et-philippe-even-remettent-un-rapport-au-vitriol-sur-le-systeme-du-medicament_1493764_3224.html

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Even : « Il faut revenir à une médecine humaine, personnalisée, sobre et la moins chère possible »

Ils y pointent principalement un problème de structure et de compétences à l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Et n’hésitent pas, en conclusion, alors que déjà l’ancien directeur général est parti et que plusieurs responsables ont été remerciés, à réclamer d’autres départs, estimant une telle décision indispensable à la mue de l’institution.

Philippe Even s’explique sur les préconisations du rapport.

Quelles sont les principales restructurations nécessaires pour rendre le système plus efficace ?

Philippe Even : Il faut séparer clairement les responsabilités de l’Afssaps et de la Haute autorité de santé (HAS), qui se détestent. Pour ce faire, il faut scinder l’Afssaps en deux agences autonomes, l’une s’occupant de la pharmacovigilance, l’autre de l’évaluation des médicaments. Cette dernière regrouperait la commission d’autorisation de mise sur le marché et celle de la transparence, qui est aujourd’hui rattachée à la Haute autorité de santé. La HAS serait déchargée de l’évaluation des médicaments, et se concentrerait sur ce que doit être son rôle, les recommandations sur l’exercice médical (parcours de soins, actes utiles et inutiles…).

A l’avenir, il faut que la clé du remboursement soit liée à l’amélioration apportée par un médicament. Ce qui aboutira à 1 500 déremboursements de molécules inutiles sur 1 500, soit bien davantage que les 800 prévues. Il faut en finir avec les copies de médicaments, qui coûtent un argent fou à l’assurance-maladie.

Et je considère, de façon plus générale, qu’il faut éviter tous les gaspillages et revenir à une médecine humaine, personnalisée, sobre et la moins chère possible.

Pourquoi ne pas insister sur les conflits d’intérêts ?

Parce que le sujet fait consensus, et donc que les choses vont avancer. Cependant, il ne faut pas couper tout contact entre médecins et industrie. Pour que l’innovation progresse, il est important que recherche publique et privée travaillent de concert. Mais il faut s’assurer que ceux qui acceptent le rôle d’experts et évaluent les médicaments soient totalement indépendants.

C’est sur l’expertise interne de l’Afssaps qu’il nous semble urgent d’insister. Ces experts doivent être vraiment des experts. Il faut réussir à attirer l’élite de la médecine, en lui offrant un véritable statut, comme aux Etats-Unis, et une rémunération intéressante. L’idée serait qu’ils consacrent trois ans de leur carrière à l’évaluation des médicaments, avec la garantie de pouvoir retrouver leur poste d’origine par la suite. Aujourd’hui, ils sont 3500 ; il en faut 40, mais hyper-compétents et responsables de leurs prises de décision.

Vous expliquez dans le rapport, à la suite de vos auditions, que bon nombre d’acteurs ne semblent pas prêts à une vraie restructuration du système…

Mon sentiment est que le ministre de la santé Xavier Bertrand veut aboutir à de profonds changements. Pourra-t-il aller contre les pressions de l’industrie pharmaceutique, qui cependant devraient être faibles puisque les laboratoires semblent avoir compris que l’époque des copies est révolue et qu’ils ont besoin du soutien financier de l’Etat pour innover, et qu’en outre ils ont une image à restaurer ? Mais surtout, le ministre pourra-t-il aller contre les pressions de la haute administration, qui a fait son jardin de toutes ces agences sanitaires ? Les choses changeront cependant, car elles ne peuvent rester ainsi.

Des rapports parlementaires avaient déjà pointés les dysfonctionnements du système, mais personne ne voulait vraiment qu’ils sortent, car beaucoup de députés ne supportaient pas la remise en cause de l’industrie pharmaceutique. Le président de la République lui-même, en remettant les insignes de Grand-croix de la légion d’honneur à Jacques Servier, lui disait dans son discours qu’il avait raison de critiquer l’empilement des mesures et des normes.

Mais désormais les 500 morts attribués au Médiator ont électrisé la France, les informations sont remontées, et l’opinion a pu prendre conscience du problème.

Vous étiez déjà sévères sur ce système. Que nous apprend en plus l’affaire du Médiator ?

Je connaissais la nature des problèmes, mais je ne pensais pas que c’était à ce point là. L’enquête de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) relève quasiment du roman policier. Il y a là toutes les raisons pour que cela ne marche pas : les mensonges, les oublis, les questions des industriels qui permettent opportunément de reporter toute décision…

Vous critiquez la communication et le problème de hiérarchisation de l’Afssaps, notamment sur la liste des 77 médicaments mis sous surveillance. Mais vous-mêmes estimez dans le rapport que 12 % des molécules sur le marché français sont potentiellement dangereuses. Ne risquez-vous pas d’affoler les foules ?

Ce pourcentage ne veut pas dire qu’il y a de nombreux Médiator, mais je juge important que les médecins prennent conscience, alors que l’information a du mal à passer, qu’il faut être extrêmement prudent avec cette masse de médicaments et les risques d’interactions.

Propos recueillis par Laetitia Clavreul

Le Monde pour Le Monde.fr | 16.03.11 | 13h49  •  Mis à jour le 16.03.11 | 14h39

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/03/16/il-faut-revenir-a-une-medecine-humaine-personnalisee-sobre-et-la-moins-chere-possible_1493804_3224.html

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Delors : « L’Europe attend les architectes »

INTERVIEW – Pour l’ancien président de la Commission européenne, le débat sur la coordination des politiques économiques nationales doit d’abord être mené au sein des pays de la zone euro avant d’être élargi aux vingt-sept États membres.

LE FIGARO. Dans quel état se trouve l’Europe ?
Jacques DELORS. La construction européenne est dans une situation qu’elle a déjà connue, parce que cela n’a jamais été un long fleuve tranquille. La nouveauté, c’est que cette crise est de dimension mondiale. Elle intéresse les experts et les opinions du monde entier parce que l’euro représente 27 % des réserves mondiales des banques centrales.
Ce n’est donc pas, pour vous, la plus grave crise qu’ait connue l’Europe ?
Non. Citons, sans les hiérarchiser, le rejet de la Communauté européenne de défense, la politique de la chaise vide du général de Gaulle en 1965-1966, le «I want my money back» de Mme Thatcher, ou bien encore la crise des changes des années 1992-1993. Les progrès de l’intégration et l’existence d’un symbole tel que l’euro amplifient l’enjeu. Rappelons que l’euro a rencontré dès le début des oppositions au sein de l’Europe le chancelier Kohl a dû convaincre une opinion allemande réticente lors de l’abandon du Deutsche Mark et que, dans les milieux anglo-saxons, on a toujours émis des réserves quant à la possibilité de réussir cette entreprise…
Le pire de la crise actuelle est donc passé ?
Disons que les pompiers ont agi et que l’on attend les architectes à l’échelle de l’UE et au niveau du G20. Les pompiers ont agi avec un retard, en partie imputable aux autorités allemandes, qui a aggravé la crise, alourdi le montant de la facture et nourri l’euroscepticisme.
Pourquoi en est-on arrivé là ?
L’Union économique et monétaire (UEM) souffre d’un vice de construction qui ne correspond pas à l’esprit du rapport dit «Delors» de 1989, lequel préconisait un équilibre entre la politique monétaire et la politique économique. L’absence de coordination des politiques économiques nationales explique la responsabilité du conseil de l’Eurogroupe, qui n’a rien vu venir, ni l’augmentation des déficits publics ni l’extraordinaire endettement privé, notamment en Espagne. Quand la crise grecque a éclaté, il était inutile de remettre en cause la clause du «no bail out», puisqu’il n’y avait pas d’obligation légale de venir au secours d’un pays, qui en plus avait fait des bêtises. Mais il fallait expliquer à nos partenaires que le conseil de l’Eurogroupe n’avait pas été vigilant et qu’il devait en conséquence assumer ses responsabilités.
Ne fallait-il pas restructurer la dette grecque pour circonscrire le problème et étaler dans le temps l’ajustement nécessaire ?
J’aurais été partisan que les 2 à 3 % de PIB de déficit supplémentaire nés de la réponse à la crise financière dans chaque pays soient transférés à une caisse européenne d’amortissement avec l’objectif d’un échéancier allongé et sur la base d’un financement sain. Ainsi, les pays auraient pu faire des plans d’ajustement moins sévères et mieux préserver les dépenses d’avenir et la croissance. C’est une autre façon de restructurer la dette, en le faisant pour tout le monde.
Comment contrôler le pouvoir des marchés ?
Il y a un paradoxe. L’endettement des États s’est accru de façon spectaculaire, parce qu’ils sont venus au secours des banques et du système financier. Et c’est ce même système financier qui, maintenant, pointe le doigt sur les déficits excessifs tout en s’inquiétant de l’effet de la rigueur nécessaire sur la croissance et l’emploi. Les gouvernements sont condamnés quoi qu’ils fassent. Il ne s’agit ni d’être sous la soumission frileuse des marchés ni de les ignorer, mais de mettre en place un minimum de régulation financière pour répondre à la cause de la crise : tout pouvoir sans limite conduit à des excès et à des crises systémiques. Il faut un minimum de règles pour sauvegarder la libre initiative. C’est techniquement délicat : faut-il distinguer, et comment, les activités de clientèle et les opérations des marchés, plus spéculatives ? Ce sera très difficile d’obtenir un accord à l’échelle de la zone euro d’abord, puis au niveau européen et mondial ensuite. Mais c’est vital pour que l’Europe demeure une référence quand on traite des moyens d’une gouvernance mondiale. L’Europe doit donc adopter ses propres règles, même en l’absence d’un accord international.
Sous l’impulsion de la crise, peut-on relancer la construction européenne ?
La construction européenne progresse parfois par de petites ouvertures. L’idée qui consiste à obliger les pays à communiquer à leurs partenaires leurs projets de budget va peut-être amener une discussion franche et utile sur les politiques économiques nationales. Ce débat doit être d’abord mené au sein de l’UEM. Les Seize ont pris plus d’engagement que les autres, puisqu’ils sont liés par une monnaie commune. D’autre part doit s’instaurer une discussion entre les vingt-sept de l’Union européenne. Mais ce n’est pas le même contrat de base à vingt-sept.
Mme Merkel n’est pas d’accord avec vous…

C’est une nouvelle donne de la politique allemande. Mme Merkel refuse la notion de coopération renforcée. Vouloir tout faire à vingt-sept, c’est ignorer la différence qualitative entre l’UEM et l’UE.
Que pensez-vous du compromis d’avant-hier ?
Ce n’est pas la première fois dans l’histoire du couple franco-allemand que les deux chefs tentent d’arrêter ou de masquer la montée des discordances. En tant qu’Européen, j’accueille toujours les bonnes nouvelles. Mais les enseignements du passé font que je demeure prudent. Et surtout plus que jamais partisan d’un travail de fond entre nos deux pays grâce à un dialogue franc à tous les niveaux de nos sociétés.
Certains pensent qu’une politique économique européenne n’est possible que dans un cadre fédéral.
L’option fédérale a été écartée par les pays membres. Nous avons ce que j’appelle une fédération d’États-nations, avec des transferts partiels de souveraineté, des règles communes et même un arbitre. Cela ne peut fonctionner qu’avec un esprit authentique de coopération. C’est pourquoi j’ai proposé, il y a quinze ans, un pacte de coordination des politiques économiques à côté du pacte de stabilité. Ce qui entraînerait davantage de vigilance, des convergences positives et des rapprochements des législations fiscales.
Pour l’Allemagne, la «gouvernance économique», semble se réduire à équilibrer les comptes…
La «gouvernance» est un terme à la mode qui ne veut plus rien dire. Le «gouvernement économique» est une idée française que je n’ai jamais reprise à mon compte, parce qu’elle n’est pas compréhensible par les Allemands. Ils y voient une politisation de la BCE. La coordination, elle, est nécessaire et possible. Elle peut commencer avec l’examen préalable des projets de budgets dans le contexte des politiques macroéconomiques nationales.
Mais l’orthodoxie budgétaire allemande ne risque-t-elle pas d’étouffer la reprise ?
C’est une question que doit se poser le conseil de l’Eurogroupe. Il y a en réalité deux problèmes. D’abord, le réglage économique : il faut, en effet, se demander comment l’on peut réduire les déficits publics sans casser la dynamique même potentielle de croissance. Et puis, il y a la répartition des efforts. Il est facile d’accuser tel ou tel autre pays d’en faire trop ou pas assez. Que les Seize en discutent sérieusement sur la base d’un rapport de la Commission, dont c’est la mission.
La critique française d’un «modèle» allemand de croissance fondé sur les exportations a alimenté la mésentente entre Paris et Berlin. Cela vous préoccupe-t-il ?
La brouille est sérieuse, et je ne dirai rien qui puisse l’alimenter. Je soutiens sans réserve l’appel de Valéry Giscard d’Estaing et de Helmut Schmidt en faveur d’une meilleure entente franco-allemande. Vous savez, de 1985 à 1994, j’en ai connu des problèmes entre Français et Allemands… Les accusations, d’un côté, concernant le Sonderweg allemand (le particularisme allemand) et, de l’autre côté, la moquerie sur la «Grande France» font beaucoup de dégâts. Cela doit être surveillé comme l’huile sur le feu. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Et c’est l’Europe qui trinque. Je m’inquiète en particulier de la virulence de la presse. Tout le monde doit s’y mettre et retrouver l’esprit du traité de l’Élysée. Il ne prévoit pas que des décisions importantes soient prises sans consultation entre les deux pays !
Les difficultés franco-allemandes ne résultent-elles pas d’une gestion intergouvernementale de l’Europe ?
Oui. Nous assistons à une désagrégation institutionnelle. On détruit la méthode communautaire sans avoir trouvé un autre système. Pourtant, chaque fois que l’Europe a avancé, cela s’est fait grâce à cette méthode. Proposer comme alternative un gouvernement économique de l’UE signifie que vingt-sept dirigeants vont se réunir tous les mois pour décider de tout. Ce serait l’ONU dans ses mauvais jours. Le «comment faire» est aussi important que le «que faire».
On vous rétorquera que la Commission n’a pas de légitimité démocratique.
On ne demande pas à la Commission de décider. Elle est au service des gouvernements. Elle doit dégager l’intérêt européen, faire des propositions et mettre de l’huile dans les rouages. Mieux elle joue son rôle, mieux l’Union fonctionne : rapidité, transparence, efficacité. Mais les gouvernements veulent marginaliser la Commission. Résultat : le système ne marche plus du tout. Tirons la leçon de Copenhague ! Alors qu’à l’OMC un commissaire négocie au nom de l’UE, à Copenhague, deux ou trois dirigeants se sont démenés sans que l’on entende M. Barroso ou M. Van Rompuy porter la voix de l’Europe. Lorsque la vraie négociation a commencé, l’Europe était absente. Cette méconnaissance du «comment faire» est d’autant plus dommage pour la France que nous avons une administration remarquable qui a beaucoup pesé depuis le début de la crise financière.
Le traité de Lisbonne n’a rien réglé ?
Puisque la méthode communautaire n’est plus tolérée par les Français, les Allemands et les Anglais, on a inventé autre chose. Le traité de Lisbonne a injecté de nouveaux personnages dans le système. La présidence stable, cela peut être utile, à condition de faire revivre la méthode communautaire. Mais nommer un haut représentant alors qu’il n’y a pas de politique étrangère commune, c’est une erreur, un effet d’annonce. Or, les annonces non suivies d’effets sont désastreuses pour l’idée européenne.
On a le sentiment que les opinions ne croient plus à l’idée européenne…
On idéalise le passé. L’Europe s’est construite dans une certaine indifférence des peuples. Il faut dire aussi que chaque fois qu’un gouvernement rentre d’un Conseil européen, il se proclame vainqueur. Qu’est-ce que c’est qu’une famille où l’on est heureux que lorsque l’on a gagné contre ses frères ? Mais il faut se garder de tout catastrophisme si l’on veut que les opinions se mobilisent. La mondialisation a tellement choqué les esprits que les dirigeants sont tentés par un brin de nationalisme, voire un souffle de populisme. C’est contre cet état d’esprit qu’il faut se battre aujourd’hui.

Par Pierre Rousselin

Le Figaro.fr / 15/06/2010 / Mise à jour : 23:20

Crédits photo : AFP

Source : Lefigaro.fr – http://www.lefigaro.fr/politique/2010/06/15/01002-20100615ARTFIG00681-delors-l-europe-attend-les-architectes.php

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