Interview de Franck Arguillère, directeur de contenus de viesaineetzen.com

Cela fait plusieurs années que tu es fidèle aux rendez-vous du Cercle Européen. Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu nous résumer ton parcours professionnel ?

J’ai fait l’ESSEC et j’ai eu ensuite un parcours atypique, d’abord dans le spectacle vivant comme musicien, comédien et metteur en scène puis à la télévision comme directeur artistique des Guignols de l’Info sur Canal+ entre 1990 et 1995.

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Interview de Christophe Chenebault

Avant j’étais un homme pressé. Je vivais avec ma montre, j’avais un agenda chargé, costume, voiture, déjeuners et relations d’affaires. J’étais un chef d’entreprise dans l’internet, le fondateur du média culturel EVENE.fr, 3 millions de visiteurs uniques chaque mois, 30 salariés à l’époque, avec un objectif de démocratiser la culture. Il faut dire que j’avais fait tout ce que l’on m’avait dit de faire.
Propos recueillis par Anne-Sophie le Bars.

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Les dérives du médicament, par Philippe Even

La médecine allopathique des 30 dernières années aurait connu une dérive due au marketing et à la course aux profits… C’est le point de vue original, radical et décoiffant du professeur Philippe Even, médecin et chercheur, qui connaît bien le système de l’intérieur. (suite…)

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Les maladies inventées par la médecine, par Philippe Even

Pré-hypertension, pré-diabète, pré-ostéoporose, dépression, cholestérol… Des maladies virtuelles ? Pourfendeur des dérives de l’industrie pharmaceutique, Philippe Even nous explique comment le monde médical crée de toutes pièces des maladies pour le plus grand profit des labos… (suite…)

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Valoriser les soins relationnels

Valoriser les soins relationnels : telle est la principale préconisation de Cécile Furstenberg qui, dans « l’autonomie s’amenuise, la vulnérabilité affleure, la personne demeure… La sauvegarde de la dignité par la responsabilité », Editions Beaurepaire,aborde de manière humaine, responsable et professionnelle toutes les problématiques auxquelles sont confrontées les personnes âgées et leurs proches. (suite…)

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L’Anorexie-Boulimie n’est pas une fatalité

Nathalie Maciel, ancienne anorexique, répond aux questions de Cécile Chapelle et d’Alain Schéhadé pour le Cercle Européen. (suite…)

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L’Abeille dans la sauvegarde de la biodiversité

Le Cercle Européen
Quel est le rôle principal de l’UNAF – Union Nationale de l’Apiculture Française – dans ses actions ?
Johan Peron

L’UNAF compte plus de 22 000 adhérents et est très active. Son rôle est en premier lieu de représenter et de défendre les intérêts des apiculteurs : demandes d’augmentation des fonds européens et nationaux qui servent à financer des produits issus de la recherche scientifique, par l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique)… mais aussi des fonds indépendants afin d’avancer sur les différentes problématiques concernant l’abeille. En second lieu, l’UNAF peut être considérée comme un lobby : elle cherche à influer sur les décisions des politiques en apportant son expertise notamment sur des sujets tels que la préservation de l’abeille ou la pollinisation. C’est un travail très complexe et qui prend beaucoup de temps. Enfin, l’UNAF effectue un travail de communication et de sensibilisation, que ce soit auprès des politiques ou du grand public. A cet effet, elle a lancé en 2005 le programme national « L’abeille, sentinelle de l’environnement® » : des ruches sont installées et exploitées en ville. La population rurale se rend bien compte des changements, de l’arrivée du « désert vert » : moins de papillons, moins de fleurs sauvages dans les champs, etc. Comme la majorité de la population française est urbaine, il est aussi nécessaire de l’informer.

Le Cercle Européen
Est-ce qu’une organisation européenne dédiée existe à l’heure actuelle ?
Johan Peron
L’UNAF est un des membres fondateurs de CoEur, Coordination Apicole Européenne, qui a vu le jour il y a un peu plus d’un an.
Les pays représentés sont l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la France, la Belgique et le Luxembourg, qui sont les principaux pays apicoles d’Europe. Elle a un rôle par rapport à la Commission Européenne, notamment dans le montage, très technique, des dossiers. En effet, il faut savoir que quand vous allez voir des commissaires européens, ce sont des techniciens avant tout, des scientifiques. Ce ne sont pas des gens à qui vous allez parler pédagogie, éducation. Ce sont des administrations à qui il faut fournir des études solides et des statistiques.

Le Cercle Européen
Qu’est-ce qu’un apiculteur ?
Johan Peron
Un apiculteur est un passionné des abeilles et de la nature, mais aussi un acteur crucial dans la sauvegarde de la biodiversité.
On peut globalement distinguer trois classes d’apiculteurs en France : les professionnels, les pluriactifs et les amateurs. On comptabilise plus de 70 000 apiculteurs en France.
Les professionnels vivent exclusivement de l’apiculture, ils ont entre 300 et plusieurs milliers de ruches et sont à temps plein dans leur rucher. L’apiculteur est un agriculteur qui travaille avec un animal d’élevage, l’abeille, tout en respectant son environnement. Il récolte non seulement du miel mais également tous les produits de la ruche dont la gelée royale, la propolis, le pollen et la cire. En France, les apiculteurs professionnels sont estimés entre 1500 et 2000 d’après l’Audit GEM-ONIFLHOR qui date de 2005 (En 2005, après la mise en application des actions engagées dans le cadre du règlement, la Commission a souhaité que chaque État membre actualise les données statistiques et économiques issues des audits réalisés en 1997.) Un prochain audit est prévu pour 2011.
Les pluriactifs sont des individus tels que vous et moi, issus de toutes couches sociales : certains possèdent 10, 20 voire 30 ruches. Ce sont tous des passionnés des abeilles et de la nature. Pluriactifs, pourquoi ? Parce qu’ils exercent une activité rémunératrice principale, tout en touchant un petit pécule supplémentaire chaque mois ou chaque année grâce à l’apiculture, leur passion.
La troisième catégorie d’apiculteurs qui, pour moi, est la plus importante, ce sont les amateurs ou petits producteurs qui ont entre 1 et 10 ruches en moyenne. Pourquoi ces gens là sont-ils si importants ? Parce qu’ils constituent la majorité des apiculteurs dans le monde ; sur les 70 000 apiculteurs français, je vous laisse imaginer, cela veut dire plus de 60 000 amateurs. Ils participent à l’effort de pollinisation dans le monde entier : en France, sans cette pollinisation des « amateurs », des zones entières du territoire ne seraient pas pollinisées. Ils ne vivent pas de leur miel mais ont choisi de développer leur passion au quotidien.

Le Cercle Européen
Quelle a été leur évolution sur ces dix dernières années ?
Johan Peron
Le nombre de professionnels a diminué. Chaque année, environ 1500 apiculteurs arrêtent leur activité principalement pour les deux raisons suivantes :
– la mortalité accrue des abeilles.
– la difficile transmission entre générations.
En effet, la population française agricole vieillit, (la moyenne d’âge est au-delà de 45 ans) et les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas particulièrement attirés par les professions agricoles ou apicoles. Mais il faut garder espoir, depuis quatre ans, les cours des ruchers écoles ne désemplissent pas !

Le Cercle Européen
Est-ce que les apiculteurs gagnent leur vie ?
Johan Peron
C’est très subjectif. Certains gagnent bien, d’autres très bien, d’autres moins bien. Les revenus issus de l’apiculture sont variables, et c’est peut être l’une des sources des problèmes rencontrés aujourd’hui. La récolte sera très différente d’une année sur l’autre, notamment en fonction du taux de mortalité des abeilles.
Comparons les sources de revenus entre un agriculteur et un apiculteur. Le premier bénéficie de deux sources de revenus : l’une fixe, constituée des subventions nationales et européennes, et l’autre variable, issue de la vente de ses produits. Le second, quant à lui, ne reçoit pas, ou très peu de subventions. Les quelques subventions disponibles ne sont allouées que dans des cas très spécifiques comme le renouvellement de cheptels. En tout, les subventions à l’apiculture s’élèvent à environ 5 millions d’euros, ce qui est dérisoire ; ce n’est pas cela qui va faire vivre les apiculteurs en France. La seule source de revenus d’un apiculteur sera issue de la récolte des produits de la ruche, qui est très variable. Un exemple : un apiculteur que je connais bien possédait 500 ruches. En 2009, la récolte est bonne. En 2010, 60% des ruches sont mortes. Le temps de renouveler son cheptel et qu’il se mette à travailler, sa récolte a dès lors, été diminuée de 40 %.

Le Cercle Européen
Il faut donc maintenir ces aides ?
Johan Peron
Bien sûr oui, il faudrait même les répartir aussi vers l’apiculture qui est un pilier de l’agriculture. Il y a des interactions très fortes entre apiculteurs et agriculteurs. Ils doivent travailler ensemble. Les mentalités changent. L’opposition tend à s’estomper parce que les décideurs commencent à comprendre qu’il faut travailler dans la même direction.

Le Cercle Européen
Quelles sont les causes de la disparition des abeilles ?
Johan Peron
Les causes sont multifactorielles mais il existe une hiérarchie entre elles. La cause principale est, sans équivoque et avec toute ma conviction : les pesticides.
Dans les années 80, sont apparues de nouvelles formes de pesticides, appelées des neurotoxiques systémiques. Quelle est la différence entre avant et aujourd’hui ?
Avant, les pesticides étaient « épandus » dans les airs. Ce n’était pas très bon mais c’était ponctuel.
Maintenant, les neurotoxiques systémiques sont des pesticides intégrés directement dans la graine. Le pesticide va être présent dans toute la plante, qui est entièrement contaminée, (je pense que si le consommateur le savait, il se poserait des questions) et va attaquer le système nerveux des insectes. Les abeilles perdent le sens de l’orientation et meurent loin de la ruche ou reviennent à la ruche chargée de ce poison. On traite la plante toute l’année au lieu de la traiter au moment opportun. Un peu comme si l’on nous soignait aux antibiotiques toute l’année pour une angine hypothétique…
On distingue deux phénomènes distincts de mortalité d’abeilles. D’un coté, la mortalité aigue due aux pesticides : on trouve des cadavres ou des abeilles agonisantes tremblantes tout autour de la ruche.
D’un autre coté, le syndrome d’effondrement des colonies (CCD soit Colony Collapse Disorder) : une colonie de 60 000 abeilles passe du jour au lendemain à 10 000. Qu’est-ce qui s’est passé ? Comment 50 000 abeilles peuvent elles disparaitre de la ruche ? Personne ne le sait. Alors parler des maladies des abeilles comme cause de mortalité principale est erronée. Vous connaissez des maladies qui tuent ou font disparaitre 50 000 individus d’un seul coup ? Personnellement, je ne vois pas. Je pense que c’est une question de bon sens. On pourrait accuser le varroa, acarien s’attaquant aux abeilles, et c’est ce que fait le rapport de l’ANSES, Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation. Il n’y a pas de traitement vraiment efficace contre le varroa même si on peut tenter de le gérer. En tout cas, il ne tue pas des milliers d’individus d’un seul coup, il en tue quelques centaines par jour jusqu’à ce que la colonie s’effondre sur elle-même si elle ne résiste pas.
Ainsi, le rapprochement que fait l’ANSES entre le cas d’intoxication aigue et le varroa est une grave incohérence. Le rapport accuse un manque de rigueur scientifique. Il est contesté par des personnalités très importantes et des scientifiques français et européens. Des parties ont été tronquées, d’autres rajoutées. La communauté apicole accorde peu de crédit à ce rapport dont les fondements sont vacillants. Voici un exemple incohérent : 3 ruchers ayant périclité puis disparu ont été étudiés. Dans les analyses de tous les ruchers, on a trouvé entre 60 et 80 % de résidus de pesticides, et entre 20 et 40% de « varroa ». La cause de mortalité invoquée a été le varroa. Heu… J’ai beau ne pas être un scientifique, mais je trouve l’interprétation erronée.

Le Cercle Européen
Vous accordez donc peu de crédit au rapport de l’ANSES…
Johan Peron
C’est tout le problème des études. Tout bon scientifique le sait, une étude peut être conclue par A ou par Z, selon l’argumentaire et la façon de la poser.
Dans ce cas, vous aviez certaines études qui étaient bonnes mais qui ont été mal interprétées. Vous aviez également des études qui manquaient sérieusement de rigueur scientifique dès le départ et qui ont été validées alors qu’elles auraient dû être rejetées.
L’ANSES a noyé le poisson en invoquant 40 causes : si un jour des solutions résolvant le problème du syndrome sont trouvées, elle pourra dire « Je vous l’avais bien dit ! » La principale cause de mortalité des abeilles est l’utilisation de pesticides. Martial Saddier, député UMP, a été chargé par François Fillon de diligenter un audit sur la filière apicole. Alors qu’il ne le croyait pas lui-même au début de l’audit, il a conclu son intervention à l’ANSES en disant que l’utilisation des pesticides est bien une cause de la disparition des abeilles. Il a eu le courage de le dire et d’affronter certaines idées reçues.
La deuxième cause étant les maladies dont le varroa par exemple.
La troisième cause peut être attribuée à la raréfaction des plantes mellifères ou plantes à fleurs : à force de traiter les zones de grandes cultures comme on le fait, toutes les espèces de plantes à fleurs qui cohabitent au sein de la biodiversité disparaissent. Quand vous posez vos ruches pour faire du miel de colza et qu’effectivement à perte de vue, vous n’avez que du colza, vous aurez du miel de colza, ça c’est sûr mais l’abeille n’aura qu’une ressource alimentaire qui sera toujours la même. C’est un peu comme si vous, vous mangiez tous les jours des frites. Je pense qu’au bout d’un moment, votre santé en pâtirait.
Il y a heureusement des signes de changement : les « prairies fleuries » se développent en France et en Europe, afin de redonner à nos champs cette nature sauvage ; les accotements en bord de route ne sont plus systématiquement tondus…
La dernière cause est le changement climatique et là on ne pourra pas nous dire le contraire non plus. L’abeille existe sur la planète depuis 60 millions d’années : laps de temps pendant lequel elle n’a quasiment pas évolué. On se retrouve avec des taux de mortalité complètement hallucinants depuis 30 ans, surtout depuis les 10 dernières années. Les températures se sont élevées d’un degré depuis 20 ans. De plus, les saisons sont moins stables que par le passé. Or l’abeille est extrêmement sensible aux températures car elle en joue : elle est capable de monter ou descendre la température de sa ruche en fonction de ses besoins. De plus, dès qu’il y a du soleil et que la température avoisine les 10°C, elle sort et commence à butiner. Mais aujourd’hui, ce n’est pas encore forcément le printemps…

Le Cercle Européen
Les pouvoirs publics sont bien-sûr sensibilisés au problème ?
Johan Peron
Il y a hélas un fossé énorme entre ce qui se décide au niveau étatique et ce qui est pratiqué sur le terrain. On ne pourra jamais le résorber parce qu’il y a toujours un décalage entre la prise de décision, le vote de la loi, l’application de la loi ; tout cela prend du temps. Dans l’apiculture, les problèmes existent, on connaît les solutions mais elles ne sont pas appliquées. Il y a un manque de conviction et d’engagement individuel et collectif, un manque de courage politique face à la force des lobbies qui exercent une forte pression. Le conflit entre l’intérêt personnel et l’intérêt général, on en est là.
Au niveau européen, la directive 91/414 dit : « un produit peut être homologué dans un pays pour 10 ans. La France a dit : « j’autorise le Cruiser* pour un an » par principe de réciprocité avec l’Allemagne.
*Le Cruiser350 est un pesticide neurosystémique intégré au maïs qui est une véritable « arme de destruction massive » pour les abeilles et les pollinisateurs.
Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est très complexe mais je vais tenter de l’expliquer très simplement. Il faut savoir que pour qu’un produit phytosanitaire soit homologué, ce n’est pas l’Etat qui va dire qu’il n’est pas dangereux, c’est la firme qui fournit les études. Donc déjà, il y a un souci d’indépendance. L’ANSES va recevoir les études, va les lire, faire son travail du mieux qu’elle peut (parce qu’elle est débordée et qu’il y a deux personnes pour 1000 dossiers) et va pondre un avis pour le Ministère de l’Agriculture, qui va dire : « nous pensons que le produit X peut être homologué sur le territoire français ». De cette méthode douteuse résulte des affaires comme le Cruiser pour les abeilles ou encore le Médiator pour les humains. Ensuite, le ministre de l’Agriculture prend la responsabilité d’homologuer ou non. Pour revenir au principe de réciprocité, la France a autorisé le Cruiser sans réellement étudier les rapports parce que l’Allemagne l’avait déjà autorisé. Alors ce qui est incompréhensible, c’est qu’il a été autorisé en France mais que 3 mois plus tard, l’Allemagne disait : « non, stop, on arrête tout, on retire parce qu’on a eu 80 % de mortalité des ruchers dans telle région de l’Allemagne… C’est une catastrophe écologique sans précédent, etc. » mais en France, personne n’est revenu sur cette décision et chaque année on remet ça… Après trois années de procédure auprès du Conseil d’Etat, pour demande d’annulation des autorisations de mise sur le marché 2008, 2009 et 2010 (2011 fait aussi l’objet d’un recours), le rapporteur Public du Conseil d’Etat vient de demander l’annulation de ces autorisations…C’est une victoire certes, mais après coup, le mal est fait. Mon seul souhait est que cette décision, une fois confirmée par les juges, donne un véritable coup d’arrêt aux procédures d’homologation qui privilégient les intérêts des industries au détriment de l’intérêt général…
Un autre problème ; le frelon asiatique (Vespa Velutina), arrivé en France il y a cinq ans à Bordeaux. C’est un carnivore, un prédateur, une grosse guêpe en quelque sorte. Le frelon européen existe mais l’abeille sait s’en dépêtrer : quand il l’attaque, elle le repousse. Quant au frelon asiatique, l’abeille ne sait pas s’en défendre parce qu’il est beaucoup plus costaud.
Lors de son arrivée accidentelle en France, par des containers, l’UNAF a prévenu le Ministère de l’Agriculture en disant : « attention, il va se propager dans un périmètre de 100 à 150 kilomètres par an, ça va devenir un fléau pour l’apiculture et l’ensemble des pollinisateurs ». Cinq individus peuvent ruiner une ruche : les abeilles sont tétanisées, elles n’osent plus sortir et la reine arrête la ponte. La ruche est alors condamnée.
Des ruchers entiers ont été décimés. En Asie, les abeilles arrivent à tuer ce frelon : elles se mettent autour de lui, font monter la température et le grillent. Cela fait 5 ans que l’on a prévenu le Ministère de l’Agriculture et rien ne se passe. Aujourd’hui, il est présent dans 38 départements. Quand il était présent à Bordeaux, l’éradication aurait coûté environ 100 000 euros, aujourd’hui, cela couterait des millions. Mais il faut également prendre conscience qu’il ne va pas s’arrêter aux frontières. Il est déjà en Ile de France depuis l’année dernière : il va arriver en Belgique, en Italie, en Allemagne, en Espagne etc….Toute l’Europe sera envahie. Donc, en dehors du déséquilibre causé à la biodiversité par cette espèce, les pays touchés se retourneront contre la France en disant : « ça fait longtemps que vous aviez cette espèce, pourquoi n’avez vous rien fait ? Maintenant, on veut l’éradiquer mais c’est vous qui allez payer ». On va se retrouver avec des amendes de millions d’euros parce que la France n’a pas réagi contre ce frelon considéré comme une espèce invasive sur son territoire.

Le Cercle Européen
Quelles peuvent être les conséquences de la décimation des abeilles ?
Johan Peron
Qu’est ce qui compose un petit déjeuner classique français ? Café, chocolat, thé, jus de fruit, parfois céréales, parfois yaourt, fruit, tartine, beurre, confiture, miel, etc…. Donc c’est simple, si l’abeille continue de se porter comme elle se porte, eh bien au petit-déjeuner, vous enlevez le café, le chocolat, tous les jus de fruits (parce que c’est l’abeille qui pollinise les fruits), vous enlevez également le beurre, la confiture, le miel. Vous aurez du pain mais qui aura une texture différente parce qu’il n’aura plus la même composition. Vous pourrez toujours boire du thé.
Au niveau mondial, l’abeille contribue à 35% de la production alimentaire et à 65% de la diversité alimentaire. C’est-à-dire, que si demain, il n’y a plus d’abeilles, il faut enlever 65 % du choix alimentaire que l’on a aujourd’hui.
A court terme, la pollinisation va manquer. Les productions agricoles commencent à en pâtir : il y a une prise de conscience de l’intérêt convergent de l’apiculture et de l’agriculture. L’abeille est indispensable à la pollinisation. En effet, pour se reproduire, les fleurs, certains fruits, certains légumes, ont besoin que leurs cellules mâles et femelles se retrouvent. Le vent se charge de 5 à 10% des rencontres, le reste étant échu aux insectes pollinisateurs qui, en se déplaçant d’une fleur à l’autre, vont permettre la reproduction. A paramètres constants, une fraise butinée sera 5 fois plus grosse qu’une fraise n’ayant jamais eu de contact avec un insecte pollinisateur. La Californie est le premier producteur mondial d’amandiers. En 2008, les apiculteurs ont fait face à un taux de mortalité allant de 80 à 100% de leurs ruchers. Les pertes sur la production des amandiers se sont chiffrées en millions de dollars. Le sénat américain a mis 50 millions sur la table et se donne 2 ans pour comprendre ce qui s’est passé. Souhaitons que leur décision ne soit pas influencée par les lobbies agrochimiques. En résumé, à court terme, on risque de se retrouver avec un déséquilibre de la production alimentaire et de la biodiversité florale.
A court et moyen terme, il y aura de lourdes conséquences pour les apiculteurs. Beaucoup d’entre eux sont déjà obligés de renouveler leur cheptel chaque année. Je ne pense pas qu’aujourd’hui beaucoup de filières soient capables de mettre autant d’énergie que l’apiculture dans leur activité. Au moment de la vache folle, beaucoup d’agriculteurs ont arrêté. Ceux qui ont continué ont eu la chance de voir l’Etat les soutenir à coups d’exonération, de remboursements ou de subventions. Si sur 10 ans, 30% des apiculteurs cessent leur activité, nous devrons faire face à de gros soucis au niveau agricole, sachant que la France est tout de même une puissance agricole. Mais le problème n’est pas franco-français. Si les productions mondiales chutent, les cours boursiers vont varier à la hausse. La Chine est le premier producteur de miel. Il y a 20 ans, la France était auto suffisante sur le miel. Aujourd’hui la consommation est de 40 000 tonnes par an alors que la production n’est plus que de 20 000 tonnes : le reste est importé. Nous sommes donc dépendants des prix mais aussi de la qualité car les règlementations Hors CEE sont très différentes des règlementations françaises…
A moyen terme, on peut considérer que si l’abeille se porte mal, les autres insectes pollinisateurs aussi. Nous pouvons cependant difficilement quantifier ce fait. En effet, les apiculteurs prennent soin de leurs abeilles. Qu’en est-il des autres insectes pollinisateurs que personne ne surveille véritablement ? On porte aujourd’hui un regard attentif sur la biodiversité mais on ne mesure pas encore les dégâts qu’on lui inflige. Elle pourrait cependant intégrer le PIB. Ce n’est pas encore fait, mais c’est dans les thèses montantes. En ramenant la biodiversité à un concept monétaire, on attise l’intérêt, le monde fonctionne ainsi. C’est le discours actuel des instances européennes et mondiales. Elles se disent : « pour l’instant, on va constater ce qu’il y a, ce qu’il reste, ce que cela vaut et combien cela nous rapporte » plutôt que de penser « sauvegarde » et de privilégier un changement rapide dans les pratiques.
En conclusion, les conséquences à long terme, c’est un déséquilibre par domino de la chaine alimentaire.

Le Cercle Européen
La décimation des abeilles pourrait donc causer une crise alimentaire ?
Johan Peron
La décimation des abeilles pourrait, parmi d’autres causes, causer une crise alimentaire. Les abeilles et d’autres pollinisateurs meurent chaque année dans des proportions anormales voire disparaissent de certaines zones du globe. Les productions en pâtissent déjà.

Le Cercle Européen
Est-ce qu’on pourrait rectifier le tir ? Si oui, en combien de temps ?
Johan Peron
Selon les études, certains vous diront demain. Il n’est pas trop tard. Les alternatives existent, on les connait. La rotation des cultures, la culture biologique, même si c’est un terme qui me fait sourire, parce que l’agriculture bio, ce n’est rien d’autre que l’agriculture de nos grands-parents. Donc les solutions, on les a. Mais au lieu de résoudre les problèmes, on les déplace. Les problèmes que nous avions en Europe vont disparaître mais émergent en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique. On détruit des zones entière de biodiversité pour construire des zones de grande culture, notamment OGM parce que la bas, la réglementation n’est pas aussi compliquée qu’ici. Et c’est dommage parce qu’on aurait pu faire de l’Afrique le premier continent producteur bio mondial ou de l’Europe de l’Est un allier incontournable dans ces productions.
Cinq firmes se partagent le monde agricole : Monsanto (USA), Syngenta (Suisse), Bayer Cropscience (Allemagne), BASF Agro (Allemagne) et Pioneer (USA). Elles ont compris que l’Europe commence à être forte, que les homologations deviennent complexes, que cela devient très cher. Elles préfèrent délocaliser dans des pays ou c’est encore la loi du Bakchich pour ainsi dire… Et on en arrive à des drames. Comme par exemple, celui du coton en Inde. Le marché Indien a été envahi par le coton OGM de Monsanto pour au final faire flamber les prix. Ce coton soi-disant résistant aux insectes et maladies… En définitive, le vers dit de la capsule a infesté les semences. Les agriculteurs se sont endettés en étant « obligés » d’acheter des pesticides en supplément. On déplore en 10 ans plus de 150 000 suicides d’agriculteurs de ce fait. La solution à long terme ne peut être qu’une prise de conscience mondiale agrémentée d’actes.

Le Cercle Européen
Que pensez-vous de la phrase attribuée à Einstein et diffusée par l’ANSES : « Si les abeilles disparaissaient, l’Humanité n’aurait plus que 4 années à vivre. » ?
Johan Peron
Quatre années… Je n’en sais rien. Mais beaucoup moins longtemps que prévu, ça c’est sûr, oui… Cette phrase est un cri d’alarme.

>> Présentation de Johan Peron
>> Rapport de Martial Saddier, député (UMP) de la Haute-Savoie

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